LE FRELON ASIATIQUE ARRIVE A CHÂTEAU

Fin août, la présence d’une masse ocre-gris dans les hauts d’un grand chêne intrigue Ria et Alfred des Cadoles. Située à une centaine de mètres de leur maison, en partie cachée par les branchages, cette masse s’avère être un nid de frelons asiatiques assez conséquent.

La Mairie de Château contacte aussitôt via le GDSA un exterminateur de Saône et Loire qui finit par se déplacer. Le nid est trop haut pour être atteint à l'aide d’une perche, le technicien utilise alors son fusil type paintball pour tirer vers le nid une soixantaine de boulettes d’insecticide en espérant atteindre le nid… D’après lui, si 1 ou 2 boulettes atteignent le nid cela suffit à le détruire!

Bien que présents dans la vallée de la Saône depuis 3 ans, les frelons asiatiques arrivés en France en 2004 de la région de Shangaï en Chine avaient jusqu’ici épargné le Clunisois

Le frelon asiatique se distingue du frelon européen, dénommé “cul jaune”,  par une taille légèrement plus petite, un abdomen noir orné d’une fine bande jaune et des pattes jaunes.
En bref, l’asiatique est plus noir que jaune et l’européen est plus jaune que noir.

Les nids construits en cellulose mâchée, sont sphériques, ils peuvent faire la taille d’un ballon de football au printemps et atteindre près d’un mètre de diamètre à l’automne. Accrochés aux branches hautes des arbres, on les trouve aussi dans des dessous de toit, des réduits peu fréquentés, des granges… Aussi, inspectez votre environnement avec attention et prudence. Si vous trouvez un nid, ne cherchez pas à le détruire par vous même, signalez-le à la Mairie qui préviendra des spécialistes équipés pour sa destruction.
Car même si le frelon asiatique est généralement peu agressif, il peut attaquer en groupe si l’on s’approche trop près du nid. Doté d’un dard de 3 mm, sa piqûre peut être dangereuse.  Un équipement spécialement adapté est indispensable pour l’approcher.

Pour les abeilles aussi bien sauvages que domestiques, il présente un risque certain: En vol stationnaire devant l’entrée des ruches, il attrape au vol les butineuses chargées de pollen et de nectar. Il les décortique ensuite, transformant leur thorax chargé de protéines, en boulettes qu’il ramène au nid. On considère que cinq frelons tournant autour d’une ruche suffisent à la détruire, les abeilles paniquées ne sortent plus: la ruche est paralysée! Seule solution: déménager la ruche, à moins de trouver le nid de frelons et de le détruire.

En France, les abeilles qui majoritairement sont issues de races peu agressives sélectionnées pour l’apiculture, n’ont pas encore à ce jour, développées de système de défense.
Sans prédateur, les frelons asiatiques peuvent donc vite devenir envahissants, un nid en fin d’été peut abriter jusqu’à 2000 frelons dont 550 femelles qui, une fois fécondées, passeront l’hiver bien souvent sous terre à l’abri des intempéries. Les survivantes ressortiront de leur abri au printemps pour fonder chacune leur propre colonie. Après avoir trouvé un lieu pour son nid, la nouvelle fondatrice reprend son cycle de ponte qui peut aller jusqu’à 100 œufs par jour.

Actuellement les moyens de lutte sont aussi nombreux que bien souvent inefficaces, et parfois destructeurs pour l’environnement s’ils ne sont pas utilisés à bon escient: Les pièges que l’on trouve dans le commerce ou fabriqués maison attrapent bien souvent plus de guêpes, d’abeilles ou autres insectes pollinisateurs, que de frelons.

Lorsque le nid est en altitude, parfois à des hauteurs importantes, la perche télescopique utilisée par l'exterminateur pour essayer d’injecter du dioxyde de soufre ou des insecticides (le plus souvent de la perméthrine) au coeur du nid peut être une solution, sachant que plus le nid est haut placé, plus la perche s'avère délicate à manier.

Quant aux drones télécommandés et équipés d’une trompe, ils sont très onéreux et requièrent de la part du pilote une grande habileté pour guider l’engin à travers les branchages jusqu’au nid.

La solution la plus simple pour l’exterminateur consiste donc, dans le cas où le nid est haut perché, à tirer avec un fusil de type paintball une rafale de billes d’insecticide en espérant atteindre le nid… mais cette solution n’est pas sans danger:  90% des billes vont retomber à terre où elles risquent d’être ramassées par les enfants, de se perdre dans la nature ou encore, d’être mangées par les animaux. Il est donc préférable que le produit utilisé ne soit pas trop toxique…

Quel que soit le système utilisé, cette opération de destruction devrait idéalement être effectuée de nuit lorsque les frelons sont rentrés au nid. Puis le nid devrait être descendu de l’arbre et brûlé afin d’éviter qu’en début d’hiver les nids abandonnés ne soient pillés par les oiseaux et autres animaux qui se délectent des cadavres de frelons empoisonnés avec toutes les conséquences néfastes qu’implique la diffusion d’insecticide pour l’environnement.

A noter également parmi les systèmes de défense, une variété de poules, la poule de Janzé, qui semble protéger les ruches en attrapant les frelons positionnés en vol stationnaire devant la planche d’envol. Et une plante carnivore, le Sarracenia, qui semble capable de les attirer pour les piéger.

En Asie, les abeilles (Apis Cerana) ont développé à l’égard de ce prédateur une technique de défense bien particulière: elles s’agglutinent en grand nombre sur un frelon, battent des ailes pour faire monter sa température, le tuant ainsi par hyperthermie, les abeilles supportant une température de 53° contre 45 ° pour le frelon.
S’inspirant de cette technique de défense, le laboratoire de l’IRBI du CNRS () développe actuellement un système simple et écologique permettant d’injecter de l’air chaud dans les nids et pouvant être adapté sur les perches utilisées par les exterminateurs.

Cette solution, dont les essais semblent prometteurs, permettrait de s’affranchir de l’utilisation d’insecticides.

Dans certaines régions où le frelon asiatique est très présent, des apiculteurs se sont mobilisés pour lutter contre les pratiques de destruction néfastes pour leurs abeilles et pour l’environnement. Ils se sont réunis au sein d’associations afin de se former à la destruction des nids et de s’équiper en matériel ad hoc.

 

Affaire à suivre…

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